Chapitre 02
Écrire et relier : liens, backlinks, graphe
Objectifs du chapitre
- Écrire des liens internes sous toutes leurs formes : simple, avec alias, vers un titre, vers un bloc, et en incorporation.
- Utiliser les liens retour et les mentions non liées — le vrai bénéfice du modèle.
- Savoir ce que le graphe apporte réellement, et ce qu'il ne faut pas en attendre.
- Trancher entre dossiers, étiquettes et liens : qui porte quelle information.
- Nommer ses notes de façon à ce que les liens restent écrivables de mémoire.
1. Le markdown utile
Obsidian lit du markdown standard : # à ###### pour les titres,
**gras**, *italique*, - pour les listes,
> pour les citations, trois accents graves pour un bloc de code. Rien de
spécifique à apprendre.
Deux ajouts propres à Obsidian méritent d'être connus tout de suite :
- [ ] une tâche à faire
- [x] une tâche faite
> [!warning] Un encart natif
> Le contenu de l'encart, sur plusieurs lignes si besoin.
Les cases à cocher sont exploitables par requête (chapitre 5) et par le plugin Tasks
(chapitre 7). Les encarts > [!type] acceptent note,
warning, tip, danger, quote et quelques
autres.
2. Les liens internes
Le lien est la brique centrale. Il s'écrit entre doubles crochets et vise un nom de note, jamais un chemin :
[[Rétraction de bras]] ← lien simple
[[Rétraction de bras|la rétraction]] ← alias : le texte affiché diffère
[[Rétraction de bras#Séquence]] ← vers un titre précis de la note
[[Rétraction de bras^a1b2c3]] ← vers un bloc précis
![[Rétraction de bras]] ← incorporation : le contenu s'affiche ici
![[schema-bras.png]] ← incorporation d'une image
Tape [[ et Obsidian propose l'autocomplétion sur les notes existantes. Valider
un nom qui n'existe pas crée un lien non résolu : le lien s'affiche en pointillé, et
cliquer dessus crée la note.
Le lien non résolu n'est pas une erreur, c'est un outil. Écrire [[cinématique
inverse]] au fil d'une note, c'est poser un jalon : « il faudra une fiche là-dessus ».
Le chapitre 5 montre comment lister tous ces jalons pour les traiter plus tard.
L'alias, et l'alias durable
La syntaxe | ne vaut que pour un lien. Si une note doit être connue sous
plusieurs noms partout, déclare-les dans son front-matter (chapitre 3) :
---
title: Rétraction de bras
aliases: [rétraction, retract]
---
Dès lors, [[rétraction]] résout vers la même note, et l'autocomplétion propose
les trois formes.
3. Liens retour et mentions non liées
C'est ici que le modèle prend son sens. Ouvre une note, et le panneau Liens retour (backlinks) liste toutes les notes qui la citent — avec le paragraphe qui l'entoure.
Tu n'as jamais rangé la note nulle part, et pourtant elle a un contexte : celui que lui
donnent les notes qui en parlent. Une fiche [[rétraction de bras]] citée par
quinze notes quotidiennes te raconte, sans effort de classement, quand le sujet est revenu et
dans quelles circonstances.
Sous les liens retour, le panneau affiche les mentions non liées : les notes qui contiennent le texte « rétraction de bras » sans en faire un lien. Un bouton permet de convertir la mention en lien. C'est le meilleur moment pour tisser : quand la relation existe déjà dans le texte.
4. Le graphe, et ce qu'il ne fait pas
Le graphe global affiche toutes les notes comme des nœuds reliés par les liens. C'est la capture d'écran qui vend Obsidian, et c'est l'outil le moins utile du logiciel.
Sur cinquante notes il est joli. Sur cinq cents il devient une pelote illisible où l'œil ne distingue plus rien. Il ne répond à aucune question précise : « quels projets sont actifs ? », « qu'ai-je écrit sur PROFINET le mois dernier ? » ne se lisent pas sur un graphe.
Le graphe local, en revanche, mérite un coin d'écran. Affiché à côté d'une note, avec une profondeur de 1 ou 2, il montre le voisinage immédiat et rend visibles des rapprochements qu'on avait oubliés.
Ne construis pas ton système autour du graphe. Les questions utiles se posent en requêtes (chapitre 5), pas en contemplation d'un nuage de points. Un vault dont on ne sait rien tirer sans regarder le graphe est un vault mal structuré.
5. Dossiers, étiquettes, liens : qui porte quoi
Trois mécanismes de classement coexistent, et la tentation est de les utiliser tous les trois pour la même chose. C'est la meilleure façon de se retrouver avec une note qu'on ne retrouve plus.
| Mécanisme | Nature | Bon usage | Mauvais usage |
|---|---|---|---|
| Dossier | Exclusif : une note est à un seul endroit | Séparer de grandes natures de contenu : journal, fiches, projets | Reproduire une taxonomie fine ; une note appartient rarement à une seule catégorie |
Étiquette #tag |
Multiple, plate, sans contenu propre | Marquer un état ou une facette transverse : #à-trier, #safety |
Remplacer un lien : #profinet ne porte aucune connaissance, contrairement
à [[profinet]] |
Lien [[…]] |
Multiple, orienté, et la cible est elle-même une note | Tout rapport de sens entre deux idées | Lier tout à tout : un lien qui ne dit rien encombre les liens retour |
La règle qui tranche presque tous les cas : si la catégorie mérite qu'on écrive dessus, c'est une note ; sinon, c'est une étiquette.
« PROFINET » mérite une fiche : définition, normes, pièges. Donc [[profinet]],
et la fiche accumule ses liens retour. « À trier » ne mérite rien, c'est un état passager :
donc #à-trier.
Le vault de la partie II pousse cette logique à son terme : cinq dossiers seulement, aucune sous-hiérarchie, et le classement réel porté par le front-matter et les liens. Une note change alors de contexte sans jamais déménager.
6. Nommer ses notes
Puisqu'un lien s'écrit avec le nom de la note, le nom doit être écrivable de mémoire. Trois conséquences pratiques :
- Des noms courts et prévisibles.
rétraction de brasplutôt queNote sur la rétraction de bras CPMS (2026). Tu écriras le premier sans réfléchir, tu chercheras le second. - Pas de date ni de code dans le nom, sauf pour les notes qui sont une date — les notes quotidiennes. La date appartient au front-matter, où elle est interrogeable.
- Le singulier plutôt que le pluriel, par convention, pour ne pas hésiter
entre
[[capteur]]et[[capteurs]].
Les caractères #, ^, | et [] ont une
signification dans la syntaxe de lien. Un nom de note qui en contient produit des liens
qu'Obsidian coupe au mauvais endroit. Les deux-points posent en plus problème sur Windows,
qui les interdit dans les noms de fichiers.
Récapitulatif
- Un lien vise un nom de note. Alias avec
|, titre avec#, bloc avec^, incorporation avec!. - Les liens retour donnent un contexte à une note sans qu'on l'ait rangée : c'est le bénéfice central du modèle.
- Les mentions non liées transforment une coïncidence de vocabulaire en lien explicite.
- Le graphe global est décoratif ; le graphe local, lui, sert.
- Si la catégorie mérite qu'on écrive dessus, c'est une note ; sinon, une étiquette.
- Nomme court : tu dois pouvoir écrire le lien de mémoire.
Exercices
Exercice 1 — Choisir le bon mécanisme
Pour chacun, dis si tu utiliserais un dossier, une étiquette ou un lien, et pourquoi : (a) marquer les notes issues d'une réunion dont les actions ne sont pas encore réparties ; (b) rattacher une fiche technique au protocole PROFINET ; (c) séparer les notes quotidiennes du reste ; (d) signaler qu'une fiche est incomplète.
Voir la solution
(a) Étiquette #actions-à-répartir. C'est un état
temporaire qui disparaîtra ; il ne mérite pas de fiche, et il concerne des notes de
dossiers différents.
(b) Lien [[profinet]]. Le protocole mérite une fiche —
définition, normes, pièges — et cette fiche gagne à accumuler ses liens retour. Une
étiquette #profinet ne porterait aucune connaissance.
(c) Dossier 10-journal/. C'est une nature de contenu
franchement distincte, exclusive, et volumineuse : exactement ce que les dossiers font
bien.
(d) Étiquette #à-compléter. Même raisonnement qu'en (a).
À noter qu'un champ de front-matter status ferait aussi l'affaire, et se
prêterait mieux à une requête — c'est le chapitre suivant.
Exercice 2 — Un lien qui ne marche pas
Tu écris [[Ruwais#Séquence de rétraction]] et le lien reste en pointillé,
alors que la note Ruwais existe bien et contient ce titre. Deux causes
possibles ?
Voir la solution
Cause 1 — le titre ne correspond pas exactement. La résolution après
# est sensible au texte exact du titre, accents et majuscules compris. Si la
note contient « Séquence de rétraction » avec une espace insécable, ou « Séquence de
Rétraction », le lien ne résout pas. Le remède est l'autocomplétion : tape #
après le nom de note et laisse Obsidian proposer les titres réels.
Cause 2 — il y a deux notes nommées Ruwais dans des
dossiers différents, et Obsidian résout vers celle qui ne contient pas ce titre. Le
symptôme est visible dans l'autocomplétion, qui affiche alors deux entrées de même nom
avec leur chemin.
Exercice 3 — Refactoriser une note fourre-tout
Tu as une note notes réseau.md de 400 lignes qui parle de PROFINET, de MRP,
de diagnostic OPC-UA et de trois incidents datés. Comment la découpes-tu, et que reste-t-il à
la place ?
Voir la solution
Trois natures de contenu sont mélangées, et chacune va ailleurs :
- les connaissances durables deviennent des fiches :
[[profinet]],[[anneau MRP]],[[opc-ua]]. Une idée par note, nommée court ; - les trois incidents datés rejoignent les notes quotidiennes correspondantes, ou des notes de projet — ils sont événementiels, pas conceptuels ;
- ce qui restait de liant devient une note de carte : une page courte qui ne contient presque que des liens, servant de point d'entrée sur le domaine réseau.
Le test de découpe : si une section pouvait être citée seule depuis une autre note, elle mérite d'être une note. Tant qu'elle est enfouie dans un fourre-tout, personne ne peut y faire de lien — et sans lien, elle ne remontera jamais dans des liens retour.